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Loïc Pirot, la régularité comme force, le risque comme limite

5 oct.
8 min de lecture

Quand ils se sont lancés dans le projet, Loïc et Jean-Baptiste n’avaient prévu de disputer que deux rallyes des neuf manches du Porsche Rally Trophy. Quelques mois plus tard, la Porsche 911 GT3 Cup est devenue pour eux le fil rouge d’une saison complète.

Après l’East Belgian, la lutte pour la victoire est bien réelle. Avant de prendre le départ de Spa, ultime rendez-vous de la saison, Loïc revient sur son parcours, sa philosophie du rallye, sa découverte de la Porsche et cette collaboration aussi efficace qu’évidente avec le team Emosport.


Loïc, qui es-tu en tant que pilote ?

Loïc, avant de parler de résultats ou du championnat, comment te définirais-tu comme pilote ?

Comme beaucoup, je suis avant tout passionné. Il faut vraiment aimer ce sport pour aller chercher le budget et faire tout ce qu’il y a à faire autour de la compétition. Je suis aussi quelqu’un d’assez calme, que ce soit au volant ou en dehors. J’essaie toujours de prendre les choses sereinement et de profiter au maximum, sans me mettre trop de pression. Je ne me prends peut-être même parfois pas assez au sérieux ! [rires]

Quand on part en début de saison en se disant qu’on va faire deux courses et qu’au final, on se retrouve à disputer tout le championnat, avec deux deuxièmes places et la possibilité de se battre pour la victoire finale, ça montre aussi que nous avons su saisir les opportunités.

Cette approche assez détendue n’enlève donc pas l’esprit de compétition ?

Non, évidemment. Mais ça fait partie de ma manière de fonctionner. Je veux avant tout prendre du plaisir, tout en ayant comme objectif de terminer les rallyes. Et je sais que, par rapport à d’autres, mon point fort, c’est la régularité.

Quel est ton principal point fort derrière le volant ? Et ton principal défaut ?

Comme on vient d’en discuter, je pense que mon point fort, c’est vraiment la régularité. Je ne suis pas toujours le plus rapide, mais je suis toujours là. Je fais très rarement une faute et, sur toutes les courses que j’ai disputées, j’ai rarement abîmé une voiture. Donc oui, je pense que c’est clairement mon principal point fort.

Et ton principal défaut alors ?

La prise de risque. Je pense que, parfois, je mesure peut-être trop le risque. J’ai une entreprise, j’ai une famille et, pour moi, le rallye reste avant tout un loisir. Je ne veux pas me blesser. On est aussi à deux dans la voiture et je ne voudrais surtout pas qu’il arrive quelque chose à Jean-Baptiste. Et puis, franchement, je n’ai pas non plus envie de faire des bosses ! [rires] Il y en a qui montent dans l’auto et qui débranchent tout. Mais moi, je ne suis pas comme ça.

Donc finalement, tu penses que cette prudence fait aussi partie de ta force.

Oui, c’est certain ! Parce que sortir la voiture à chaque rallye, ça finit par faire mal au portefeuille. Et je pense qu’au moral aussi ! [rires]


La Porsche : une envie qui remontait à longtemps ?

Tu avais découvert la Porsche 911 GT3 Cup en 2025. Qu’est-ce qui t’a immédiatement séduit sur cette voiture ?

J’ai toujours roulé en propulsion, principalement en BMW. Et j’avais depuis longtemps cette idée dans un coin de la tête : rouler un jour en Porsche. C’est une magnifique voiture, ça fait rêver, et je voulais vraiment essayer. Quand l’occasion s’est présentée de rouler avec à la Semois, je me suis dit que c’était peut-être le bon moment. Ça faisait déjà trois ou quatre ans que je louais une belle voiture pour y participer, donc c’était l’opportunité d’engager cette Porsche pour une première expérience.

Et dès les premiers kilomètres, je me suis dit que c’était vraiment une chouette voiture. Quand tu entends la Porsche à des kilomètres, tu as des frissons. Et quand tu es au volant !

Au-delà du rêve Porsche, qu’est-ce qui fait réellement la différence par rapport à une BMW ?

Déjà, c’est une voiture d’exception ! Quand tu la croises dans la rue, ou quand tu vois les gens se retourner alors que tu es au volant, tu te rends compte qu’elle ne laisse pas indifférent. Elle est belle, elle fait un bruit de fou et elle est hyper performante. Quand tu vas voir un rallye et que tu entends une BMW arriver, c’est déjà gai. Mais quand tu entends la Porsche à des kilomètres, tu as des frissons. Tu as directement envie de rouler avec.

Et puis, une fois installé dans le baquet, les sensations changent. Ça se pilote différemment et il y a vraiment quelque chose à apprendre avec cette voiture. Il ne faut surtout pas dépasser la limite, parce que si tu la dépasses, elle te le fait vite comprendre. Ce n’est pas une BMW. Avec une BMW, quand elle commence à glisser, tu peux parfois la remettre assez facilement. Avec la Porsche, il faut davantage respecter ce qu’elle te demande.

Si tu devais ne retenir qu’une seule chose de cette Porsche ? Le moteur, le châssis, le bruit, les sensations ?

Je pense vraiment que cette voiture, c’est un tout. Il n’y a pas une chose qui ressorte vraiment. Elle regroupe tout ce qu’on aime en tant que pilote : le moteur, les freins, le châssis et, évidemment, l’esthétique. C’est vraiment une voiture de rêve qui donne envie !

Je pense d’ailleurs que ceux qui ne l’ont pas encore essayée ont peut-être simplement peur de ne pas être à la hauteur ! [rires]


La rencontre avec Emosport

Comment es-tu arrivé chez Emosport ?

Au départ, j’ai pris contact avec la structure de LifeLive, que je connaissais déjà puisque j’avais roulé avec leur BMW M3. J’avais appris qu’un projet se préparait autour du Porsche Rally Trophy Benelux. On s’est rencontrés aux Legend Boucles et c’est à cette occasion que j’ai fait la connaissance de Patrick Emontspool, qui était à l’origine du projet Porsche avec Emosport. Durant le week-end, il a vu ce que nous étions capables de faire et, comme tout s’était bien passé, il m’a expliqué qu’il cherchait quelqu’un avec qui construire un projet et viser le championnat. Moi, comme je ne suis jamais vraiment sûr de moi, quand il m’a parlé de cet objectif, je me suis dit : « Ce n’est peut-être pas directement à moi qu’il pense ! » [rires] Mais il m’a rapidement fait comprendre qu’il appréciait mon coup de volant et surtout ma fiabilité.

On s’est ensuite retrouvés autour d’un repas après les Legend Boucles. On a commencé à discuter sérieusement du projet et tout s’est fait assez naturellement. C’est comme ça que l’aventure a commencé avec Emosport.

Qu’est-ce qui fait, selon toi, la force du team Emosport ?

Je pense que le team combine deux choses assez différentes. D’un côté, il y a Patrick, qui est un véritable passionné. De l’autre, il y a Luc, avec son équipe de mécanos et toute une structure bien organisée. L’association des deux forme un groupe très solide et, pour un pilote, c’est vraiment réconfortant de savoir qu’on peut compter sur une équipe comme celle-là.

Qu’est-ce que tu peux nous dire sur ton copilote ?

Avec Jean-Baptiste, on se connaît depuis très longtemps. C’est avec lui que j’ai commencé à rouler en rallye et, au fil des années, nous avons construit une véritable relation de confiance. On a une bonne alchimie et on se connaît vraiment bien. Il a 100 % confiance en moi et c’est pareil pour moi. On est un peu comme un vieux couple ! [rires] Il faut parfois que je vérifie les pointages, mais on fonctionne vraiment bien ensemble ! [rires] De mon côté, la question ne se pose même pas : si on doit aller chercher des victoires, on va les chercher ensemble.


Deux rallyes… puis finalement toute une saison

Qui sont les sponsors et les soutiens qui t’accompagnent dans cette aventure en 2026, et quel rôle jouent-ils dans ton projet ?

Cette saison, nous avons la chance d’être entourés par Spar Paliseul et Barvaux, Sodelux, Semat Groupe, Mazout Warin, La Barrière de Transinne, DDB.LU, ABS’Eau, Poilerie Thiry Matthieu, Tof des Toits, Menuiserie Vincent Guérisse, THG, JBL Motor, Recy-Chevy, Greencap, Cryogen Consulting et Menuiserie Florian Golinvaux.

Tous ces partenaires jouent un rôle important dans notre projet. Leur soutien nous permet de préparer la saison dans de bonnes conditions et, surtout, de faire vivre cette aventure avec des entreprises qui croient en nous. Quand je vois tous ces noms sur la voiture, je me dis qu’il y a vraiment beaucoup de personnes derrière ce projet. C’est une responsabilité, mais surtout une grande fierté, et j’espère pouvoir leur rendre cette confiance au bord des spéciales.

Quand vous avez commencé 2026, quels étaient réellement les objectifs ?

L’objectif était simplement de faire deux rallyes. Puis les résultats sont arrivés et on s’est dit : pourquoi pas continuer ? C’est vraiment comme ça que la saison s’est construite, au fur et à mesure.

Y a-t-il eu un moment où tu as pensé que tout pouvait s’arrêter ?

Oui. Après Namur, j’ai failli tout lâcher. On était vraiment à la ramasse, mais finalement, on a décidé de continuer.

Quel rallye t’a le plus marqué cette saison ?

Je pense que c’est Ypres. C’est le seul rallye de l’année où on s’est vraiment mis un peu de pression. Après Namur, on voulait changer la donne. Ypres, c’est un rallye que je ne connaissais pas encore et tout le monde me disait que c’était l’un des plus difficiles de l’année. On l’a donc vraiment bien préparé.

On s’est mis pas mal de pression, mais ça a fonctionné. On termine deuxièmes et, au niveau des temps, c’était vraiment très bien. Ça nous a aussi montré qu’on pouvait être performants en préparant les choses de cette manière.

J’espère qu’on pourra préparer Spa de la même façon. C’est également un rallye que je ne connais pas vraiment : je ne l’ai fait qu’une seule fois, il y a plus de dix ans. Mais on va se donner à fond et on reste confiants.


Sur une note plus personnelle

Une victoire qui reste particulière

Je pense que c’est ma première victoire au rallye de la Semois. C’était vraiment un moment particulier parce que toute ma famille était là : ma femme et mes enfants. Quand je roule, ma femme et mes enfants ne sont généralement pas là. Ma femme est indépendante, elle est coiffeuse et travaille le samedi, donc ce n’est pas évident. Elle n’est pas spécialement passionnée par le rallye non plus, mais elle était là ce jour-là, sur le podium avec mes enfants. Pour moi, c’était vraiment émouvant.

Y a-t-il un pilote qui t’a particulièrement inspiré ?

Je ne suis pas vraiment quelqu’un qui idolâtre les gens. J’aime le rallye et, évidemment, quand je vois le parcours de Thierry Neuville, c’est quelque chose. C’est un pilote belge qui est arrivé au plus haut niveau. Mais je ne suis pas du genre à demander une photo ou un autographe. Ça n’empêche évidemment pas l’admiration pour sa carrière. On a quand même un pilote belge qui est arrivé là où il est arrivé, et c’est exceptionnel.

Si tu avais demain la possibilité de disputer n’importe quel rallye dans le monde, lequel choisirais-tu ?

À l’étranger, peut-être le Monte-Carlo. Je ne sais pas si c’est forcément le plus beau, mais c’est un rallye mythique. Ou alors quelque chose de complètement différent : un rallye dans les dunes, comme le Dakar. Ça pourrait être sympa aussi. J’ai fait du motocross, donc ce genre d’expérience pourrait vraiment me plaire. Après, il faut une grosse carte Visa ! [rires] Mais oui, ce serait une belle expérience de vie.

Si on se retrouve après le Rallye de Spa pour faire le bilan de cette saison, qu’aimerais-tu pouvoir nous dire ?

Déjà, qu’on a réussi à ramener la voiture jusqu’à l’arrivée ! Ça, c’est sûr. [rires] Mais je pense que ça va être le rallye le plus compliqué de l’année. Jusqu’ici, on a quand même eu beaucoup de chance avec la météo. Mais je pense qu’à Spa, ça va être plus dur ! Il faudra d’abord aller au bout. Mais évidemment, si on pouvait repasser devant au championnat, ce serait magnifique.


 

 
 
 

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